On vient de se faire hacker numériquement et physiquement en quelques jours

Un premier élément déclencheur – spoiler : nous avons découvert une copie de notre panier – et une rare accalmie sur ma liste des choses à faire me décide à prendre un peu de temps pour écrire cet après-midi. J’ai envie de vous donner plus de matières pour comprendre ce qu’est Manivelle. Et alors que je commence à écrire les lignes ci-dessous, je ne suis pas encore au courant d’un évènement qui interviendra deux jours plus tard : notre compte Instagram qui se fait hacker. Ces deux histoires qui s’entrechoquent, un piratage dans la vraie vie puis dans la vie numérique, nous ont obligé à prendre du recul. Quelques jours plus tard, nous décidons de changer de sentiment prédominant : passer du vide (8 ans de contenu et de communauté supprimés en deux clics) à la résilience (nous continuons à exister, notre identité et notre communauté ne se mesurent pas aux nombres d’abonné•es). Cet article raconte ces derniers jours et les réflexions qu’ils ont ouvert. Merci à celles·eux qui se motivent à le lire, vous entrez dans la confidence 🙂

 » Il y a quelques semaines, sur instagram, Thomas tombe sur un réel de bikes tunadas, un compte brésilien qui présente son premier produit : un panier vélo. Lorsque Thomas me montre la vidéo, j’ai comme l’impression de faire un rêve dérangeant, celui où tout est proche de la réalité, en un peu déformé, en un peu faux. Ce panier est une copie conforme du nôtre.

Ce compte a bien l’air d’être géré par une seule personne, revendiquant une approche plutôt alternative et loin de l’industrie du vélo. Alors notre réaction à chaud, après un petit état de choc, c’est de l’énervement et de l’incompréhension. Pourquoi une petite fourmi du monde du vélo vient rouler sur une autre fourmi, se frayant avec beaucoup d’énergie une chemin parmi les géants? Si déjà il s’agit de voler, pourquoi ne pas le faire à ceux qui en ont trop, au moins? On ne savait pas trop comment réagir, comment prendre contact avec cette personne. Thomas en parlait le week-end dernier avec Marie et Laurent, ami•es et cofondateur•ices d’Avalanche, marque de vélos artisanaux géniaux à Montreuil. Marie, forte comme elle est, décide de mettre un commentaire sous le réel (merci <3). Vous pouvez retrouver l’échange qui en suit là-dessous.

 En discutant de cet échange autour de moi, je comprends ici qu’il y a plus à voir qu’une copie d’un produit. Bike tunadas commence par confirmer qu’il s’est inspiré de notre panier parce que ça coûte moins cher et que c’est plus facile de faire comme ça. Ok, au moins c’est clair. 

Vient ensuite un sujet tout autre : il dit qu’il habite dans un pays du tiers monde, ou en tout cas un pays pauvre, et qu’il a bâti ce projet de zéro, sans argent, sans investisseur. Et je cite « sans aucune ressources comme peut avoir une marque comme Manivelle ». 

La suite est plus concrète, ça coûte trop cher d’importer un produit européen au Brésil, alors il décide de fabriquer le même produit au Brésil, pour le rendre accessible. 

Je fais l’impasse sur le reste du contenu de l’échange – à noter quand même que j’ai eu mal au ventre de voir la haine que Marie recevait en retour de sa question.

Après une nuit à dormir dessus, je crois que je pourrais presque être d’accord avec lui sur le sujet de l’accessibilité (mis à part qu’il veut quand même vendre son panier dans le monde entier, donc tout axer sur l’accessibilité, c’est assez malhonnête). Nous avons dessiné le panier Manivelle pour qu’il soit le plus simple et le moins cher possible à produire par notre feu partenaire industriel Caddie. Son design est tiré d’une histoire industrielle, d’outils et de machines existantes, de discussion avec David, Christophe et les équipes de Caddie. En fait, ça fait mal de voir notre dessin copié, parce qu’il est lié à des histoires humaines qui n’existent plus aujourd’hui, suite à la fermeture de Caddie. 

Nous avons mis du temps à nous dire que c’était ok de confier la production à une entreprise de l’UE avec le même savoir-faire que Caddie. On perdait notre idée de départ de produire en localité, en réinterprétant les savoirs artisanaux et industriels présents autour de nous. Mais on en gardait aussi une qui n’existerait plus sinon, et qu’on trouvait suffisamment belle pour continuer. Des racks produits en Europe, durables et justement, accessibles. 

Mais le sujet qui ne passe pas, c’est ce que notre entreprise peut renvoyer. Lorsque nous créons Manivelle avec Thomas en 2018, nous sortons d’étude et c’est les bières servies toute la nuit après la journée à l’atelier, puis le RSA, qui nous permettront de développer Manivelle sans nous verser de salaire avec l’activité pendant un sacré temps. Quand nous contactons Caddie pour leur proposer de travailler ensemble, c’est en appelant le standard et en croisant les doigts pour réussir à négocier une visite d’usine. Quand nous lançons les premières séries de panier en 2020, nous décomptons la dépense de nos salaires. Pas de pathos ici, nous restons des privilégiés dans la mesure où nous nous sommes sentis suffisamment accompagnés par notre entourage pour penser à créer notre marque, et que le système français était alors encore un poil solidaire. Simplement, notre marque aussi est née de zéro, sans investisseur ou financement publique.

Aujourd’hui nous sommes supers heureux d’avoir réussi à structurer, pérenniser et rendre aussi visible notre activité. Nous sommes toujours à deux avec Thomas à prendre toutes les décisions de notre aventure. Si nos équipements sont maintenant connus et vendus dans le monde entier, ce n’est que par notre travail. Et on est tellement reconnaissants de votre confiance et de votre engouement. Cette affaire de panier copié ne nous fait pas trembler parce que nous connaissons notre valeur et que notre panier n’a plus rien à prouver.

On est une fourmi qui s’est fabriquée un sacré écosystème à en faire trembler les colosses aux pieds d’argile. Si on fait une petite liste, vous retrouvez autour de nous :

  • Isaure avec nous à l’atelier au quotidien, travaillant sur la bagagerie sur mesure
  • l’équipe de Libre Objet, chantier d’insertion strasbourgeois, responsable de la couture de notre bagagerie série et de la préparation de toutes vos commandes
  • notre partenaire industriel européen fabriquant nos racks aciers
  • notre partenaire industriel vosgien fabriquant nos paniers inox
  • les fabricants de matières première, les usineurs alsaciens, les services postaux, notre graphiste, les ateliers éclairés
  • tous les magasins indépendants avec qui nous travaillons qui rendent visible notre travail
  • toutes les personnes qui achètent un équipement Manivelle et qui l’utilise dans la rue, en parlent à leur proche, partagent une photo sur les réseaux

Il y a souvent des personnes qui se méprennent sur notre échelle. Nous le prenons comme un compliment si l’énergie que nous déployons pour être professionnels renvoie ça. Mais nous ne voulons pas être déshumanisés! 

Le piratage de notre compte Instagram a rajouté un sentiment d’injustice et de fragilité puissant. Comment 8 ans de photos, de partages, de fils de discussions, de mentions peuvent tomber dans les oubliettes en deux clics? Ce réseau ne fera définitivement plus partie de nos priorités. Nous allons continuer à l’utiliser pour partager joyeusement notre travail, pour échanger spontanément avec vous, en se sentant moins dépendant de cet outil. Et en fait, ça fait un bien fou! « 

Article écrit par Silvin, rédigé entre le 28.04.26 et le 04.04.26

Si vous souhaitez partager cet article, ce sera reçu comme une grande main dans le dos pour nous aider dans cette nouvelle montée!

Vous pouvez aussi suivre notre instagram, temporaire ou permanent si nous ne récupérons l’ancien : @cyclesmanivelle_reload.  Merci 🙂